Partenaire de commerce Partenaire de commerce
Eva Perón : L'Argentine adulée et décriée — Bertrand Meyer-Stabley

Eva Perón : L'Argentine adulée et décriée

Bertrand Meyer-Stabley
Du statut de petite actrice à celui de femme la plus importante d'Argentine

Petite actrice à ses débuts, Eva Duarte va rapidement devenir la femme la plus importante d'Argentine, aux côtés de Juan Perón. À 33 ans, frappée par un cancer, elle disparaît en pleine gloire. Les ouvriers argentins renoncent à une journée de salaire pour lui élever un mausolée de bronze et de marbre. Soixante-cinq ans après sa mort, il est temps de cerner qui fut vraiment Eva Duarte Perón et quelles raisons l'ont poussée à tout faire pour réussir. « Eva Perón, c'est l'histoire d'un mythe et d'une revanche. C'est la vie d'Eva Duarte. Peu de femmes ont été aussi frénétiquement adulées, aussi farouchement honnies. »

289 pages La Boîte à Pandore 25 avril 2018
📖 Découvrir le livre
Partenaire de commerce Partner
Rencontre Lyad

Patronyme & héritage culturel

Peron : un nom venu de Pierre, du rocher au mythe

Le patronyme Peron appartient à cette grande famille de noms dérivés du prénom Pierre. À son origine, on trouve le latin Petrus, lui-même issu du grec Petros, traduction de l'araméen kepha qui signifie « rocher ». De la forme intermédiaire Petronem sont nés, par évolutions successives, les variantes Pedron, Pezron, puis Peron.

En France, Peron est attesté principalement en Bretagne (Finistère, Morbihan) et dans le Pas-de-Calais, où il fonctionne comme un diminutif affectueux de Pierre. Dans certaines régions, il peut aussi désigner une « grosse pierre », un rocher remarquable du paysage, devenu lieu-dit puis nom de famille. Le nom s'est diffusé largement dans toute l'Europe latine et possède de nombreuses formes voisines — Perron, Péron, Pedron, Peroni en Italie et en Corse, Perón en espagnol — toutes issues de la même racine.

Eva Perón, la madone du peuple argentin

C'est Eva Perón (1919-1952), surnommée Evita, qui aura donné au patronyme son rayonnement mondial le plus émouvant. Née María Eva Duarte le 7 mai 1919 dans la province de Buenos Aires, fille illégitime d'un fermier de Chivilcoy et de sa servante, elle débarque adolescente dans la capitale argentine avec un rêve : conquérir la scène. Speakerine puis actrice à Radio Belgrano, elle rencontre en 1944 le colonel Juan Domingo Perón, qu'elle épouse le 10 décembre 1945.

Devenue Première dame à 26 ans lorsque son mari est élu président en 1946, elle se consacre à la cause des humbles — les descamisados (« sans chemise ») — fonde la Fondation Eva Perón qui construit hôpitaux, écoles et logements ouvriers, et obtient en 1947 le droit de vote pour les Argentines. Frappée par un cancer de l'utérus, elle s'éteint le 26 juillet 1952, à 33 ans. Les ouvriers argentins renoncent à une journée de salaire pour lui ériger un mausolée. Proclamée « chef spirituel de la nation », elle est devenue l'un des plus puissants mythes politiques du XXᵉ siècle — celui que raconte le livre que nous mettons en avant ici.

Juan Perón, le général qui transforma l'Argentine

Son époux, Juan Domingo Perón (1895-1974), né à Lobos dans la province de Buenos Aires, fut l'homme politique le plus marquant de l'histoire argentine contemporaine. Officier formé à l'Académie militaire dès 1911, il observa de près le fascisme italien lors d'un séjour en Europe à la fin des années 1930 et en tira sa propre doctrine, le péronisme — ou justicialisme — qu'il fonda sur trois piliers : la justice sociale, l'indépendance économique et la souveraineté politique.

Élu président de la nation argentine en 1946 au suffrage universel, il fut le premier chef d'État de son pays à accorder le droit de vote aux femmes, à nationaliser les chemins de fer et à instaurer une véritable législation sociale. Renversé par un coup d'État militaire en 1955, il connut dix-huit ans d'exil — au Paraguay, au Venezuela, puis à Madrid — avant de revenir triomphalement au pouvoir en octobre 1973. Il mourut neuf mois plus tard, le 1ᵉʳ juillet 1974, laissant un mouvement politique qui reste, aujourd'hui encore, l'une des forces les plus durables de la vie argentine.

François Péron, naturaliste et père de l'anthropologie

Bien avant les Perón d'Argentine, le patronyme avait déjà gravé son nom dans l'histoire scientifique française. François Auguste Péron (1775-1810), né à Cérilly dans l'Allier, perdit l'œil droit à 18 ans sur le front du Rhin pendant les guerres de la Révolution, avant de se tourner vers la médecine et l'histoire naturelle à Paris.

Grâce au soutien des Jussieu et de Lacépède, il embarque en 1800 sur le Géographe, comme zoologiste de la grande expédition Baudin vers les Terres australes — l'actuelle Australie. Avec le dessinateur Charles-Alexandre Lesueur, il en rapporte une collection prodigieuse de 100 000 spécimens et plus de 2 500 espèces nouvelles, qui double à elle seule, selon le rapport de Cuvier, le nombre d'espèces connues à l'époque. Il y mena aussi les premières mesures de température des eaux profondes et — surtout — fut l'inventeur du mot « anthropologie » dans son acception moderne, en consacrant à l'observation des peuples rencontrés des écrits qui font de lui l'un des pères de la discipline. Une presqu'île d'Australie occidentale, Peron Peninsula, porte aujourd'hui son nom.

Un patronyme, une mémoire universelle

Porter le nom Peron aujourd'hui, c'est hériter d'une histoire qui va de la Bretagne médiévale aux plages australiennes, des terres ouvrières argentines aux salons de la Belle Époque. De la madone du peuple argentin au général qui refonda l'Argentine, du naturaliste bourbonnais qui nomma l'anthropologie aux innombrables Péron, Perron et Peroni dispersés sur trois continents, ce patronyme rappelle qu'un simple diminutif de « Pierre » peut traverser les siècles et les océans pour devenir, à sa manière, un rocher dans l'histoire.

Chat Lyad

Nous contacter

91 - 27 =